Notre association a salué par un communiqué de presse la parution d’une enquête très complète du journal Le Monde sur l’exposition des écoles aux pesticides1. Raphaëlle Aubert et l’équipe de chercheurs qui ont mené cette enquête proposent une cartographie montrant le degré d’exposition aux pesticides de chaque école, collège ou lycée de France. C’est un travail phénoménal qui sera très être utile aux élu·es ou futur·es élu·es municipaux pour réorganiser les PLU et prendre les décisions qui s’imposent ! Les images qui illustrent cet article sont des copies d’écran des informations lisibles sur cette cartographie.

De nombreuses écoles primaires de la région sont dans le top 500 des établissements les plus exposés en France (copyright Le Monde)

Nous avons justement – lors de notre AG du 28/11 (voir ici) – rappelé cette préoccupation qui est celle de notre association depuis sa création, après l’affaire de Villeneuve de Blaye. C’est l’occasion de faire le point.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2014 ?

Les mesures de protection des enfants face aux pesticides de la part des pouvoirs publics sont insignifiants. Un arrêté préfectoral du préfet Dartout en 2016 demandant à éviter les épandages juste avant les arrivées ou départs des enfants… Mais la prise de conscience des risques sanitaires par certains viticulteur·rices et certain·es élu·es est encourageante. En témoigne par exemple la forte progression du bio dans le Nord Gironde, même si la crise actuelle est en train de provoquer quelques reculs.

L’enquête PestiRiv a montré à quel point la surexposition aux pesticides parfois cancérigènes, parfois perturbateurs endocriniens (parfois les deux comme le Folpel omniprésent dans l’air de Gironde) est inquiétante. La contamination par les pesticides de l’atmosphère, des sols, des eaux de surface et des eaux destinées à la consommation humaine inquiète aussi les rapporteurs du dernier rapport du HCSP2 qui pointe en outre le coût astronomique de l’inaction actuelle.

Recommandations du HCSP :

  • soutenir massivement le développement de l’agroécologie et de l’agriculture biologique et pour cela, renforcer l’obligation d’utiliser des produits provenant de l’agriculture biologique dans la restauration collective,
  • porter une attention particulière aux captages d’eau potable, dont la pollution par les pesticides entraîne un coût élevé pour les collectivités,
  • soutenir l’effort de recherche en santé environnementale, développer des études d’imprégnation pour suivre l’exposition aux pesticides de la population,
  • mieux prendre en compte les résultats les plus récents de la recherche scientifique ainsi que les effets d’une exposition à des mélanges et rendre plus transparentes les données utilisées pour évaluer les risques.
  • diffuser l’information sur les effets sanitaires pour réduire le phénomène de sous-déclaration des maladies professionnelles.

Enfin l’enquête du Monde quant à elle montre qu’en Gironde plus d’une centaine d’écoles primaires, une vingtaine de collèges et une dizaine de lycées sont dans le top 500 des établissements soumis à la plus forte « pression pesticides ».

En France, cela représente 1,7 millions d’élèves.

Est-ce grave docteur ?

Oui.

Le 8 décembre dernier ce ne sont pas moins de 2300 scientifiques et médecins qui alertaient dans une lettre ouverte au Premier Ministre sur les menaces d’une dérèglementation des pesticides au niveau européen. Le projet « Omnibus » vise en effet à autoriser la majorité d’entre eux définitivement. Or toutes les études récentes montrent que l’exposition actuelle à des pesticides mal évalués avant d’être mis sur le marché a de graves conséquences sur la santé des populations. C’est au contraire davantage de rigueur dans les processus d’homologation des pesticides qu’il faut mobiliser si nous voulons protéger la santé, la fertilité, et les compétences intellectuelles de nos enfants.

L’enquête du journal Le Monde et de l’équipe de chercheurs du Joint Research Center montre à quel point il est urgent de prendre de véritables mesures de protection.

Que faut-il faire ?

Jusqu’à présent, ni la Chambre d’agriculture de Gironde qui a refusé toutes nos propositions d’amélioration de la charte dite « de bon voisinage », ni les responsables du CIVB et encore moins ceux de la FNSEA qui n’ont de cesse de dénoncer les « règles et les normes » n’ont fait de proposition sérieuse concernant la catastrophe sanitaire en cours.


Nous continuons pour notre part de réclamer une aide massive à la conversion en bio, en commençant par les parcelles qui entourent les établissements sensibles que sont les écoles, collèges et lycées.

Pour aider les recherches épidémiologiques, nous demandons par ailleurs que les cahiers d’épandages soient communicables aux chercheurs. Il n’est plus tolérable que l’accès à l’information sur les produits qui empoisonnent toute la population (à commencer par les agriculteurs eux-mêmes) soit empêché.

note 1 Article des Décodeurs du 18/12/2025 « Plus de 1,7 million d’écoliers français soumis à une forte « pression pesticides », selon une cartographie inédite »

note 2 Rapport du Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan présenté au CEC le 29/10/2025.